LIBERTES ET FRONTIERES

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Il semble que Kaeïn et Bhel soient bien perplexes aujourd’hui. Observons-les :
La clôture est terminée… mais fait-elle partie de la propriété de Khaïn? Ou bien est-elle aussi à son voisin Bhel, son frère en l’occurrence ?

Depuis que Bhel avait décidé à son tour de protéger la parcelle de son troupeau, se posait cette question. Bhel devait-il intégrer un des murs existants ou bien en construire un second qui épaississe celui de son voisin. Khaeïn y avait bien réfléchit, les inconvénients de la solution de facilité étaient difficiles à imaginer et bien faibles au regard de la contrainte d’une seconde construction. C’était le mieux à faire et ce qu’il disait à son frère.

Bhel tenait son nom du troupeau qu’il protégeait et duquel il tirait subsistance. Il savait la nuisance que les bêtes causaient ici et là en l’absence de clôture, mais la solution économique imaginée par son frère ne lui plaisait guère. Utiliser un des murs déjà élevé serait devenir dépendant de Kaeïn pour les réparations ou pour en modifier la hauteur. Construire sa propre  clôture ailleurs aurait été envisageable, mais les bêtes avaient besoin d’eau et la rivière passait juste ou il fallait. Restait la solution de doubler le mur de Kaeïn…pour autant devait-il gaspiller efforts, temps et matériaux ? Et puis n’est-il pas stupide d’établir de la sorte une muraille plus épaisse entre lui et son frère alors qu’ils s’entendent si bien et partagent tant de choses, hormis l’intérêt pour les chèvres bien sur… que Kaeïn comme d’autres voisins n’aimaient bien qu’en côtelettes ou en gigots.

En attendant la réponse d’un Dieu ou d’un sage à ce problème, Bhel commença à construire les autres murs laissant pour plus tard la décision finale.
Voyant cela, un troisième homme plus jeune, dénommé Lamek fils de Kaeïn, se dépêcha de commencer sa propre clôture. Pour lui, il n’était pas question que les murs de Bhel enferment la dalle rocheuse si pratique pour allumer le feu, fondre le métal et le frapper jusqu’à en faire… les lames de cuivre dont il avait pris le nom. Il faut le dire, Lamek était forgeron de son état. Mais malgré la vaillance et sa jeunesse, le fils de Kaeïn n’allait pas bien vite. Blessé durant son enfance, il avait gardé une jambe plus courte et plus raide que l’autre. C’est en claudiquant qu’il portait les fardeaux de pierre et il ne put espérer bien longtemps rattraper Bhel. Aie ! Aie ! Aie ! Ça va mal se finir se truc là.

Aujourd’hui les problèmes de limites, de clôtures, de frontières tant matérielles, qu’immatérielles se retrouvent partout. Ils font, entre autres la fortune des industriels de l’armement, des entrepreneurs de travaux et aussi des avocats. Ils concernent bien sûr le partage du monde réel… mais aussi la limite entre le réel et l’infinité des univers de la pensée libre évoqués au-dessus. Et attention pas plus qu’on ne doit confondre les terres de Kaeïn avec celles de Lameck, il ne faut confondre les territoires de la pensée et ceux de l’expression. Commençons justement par examiner cette frontière :
La liberté de la pensée est totale. D’ailleurs, dire qu’on a le droit de tout penser est insuffisant car il est même très difficile de faire autrement. La pensée est libre de fait, et elle l’est… bien plus que nous-mêmes. On le constate à bien des occasions de la vie, mais l’exemple que nous expérimentons tous est celui de nos rêves et cauchemars capables de nous entraîner dans des situations que l’on fuit. La pensée est donc libre… en revanche NOUS – le sommes nous de tout exprimer ?

Si l’intention est malveillante méprisante, manipulatrice, destinée à appeler à la violence, si elle accorde à certain et à son auteur en particulier des droits qu’elle nie aux autres elle ne peut être admise. Et même si elle peut faire rire, ce rire ne peut lui servir d’alibi. D’ailleurs en France je crois qu’il en est ainsi dans le code civil.

En revanche dès lors que l’expression est seulement choquante, qu’elle provoque éventuellement réflexions et interrogations, cela sans intention manipulatrice ou malveillante, et même si l’humour n’y est pas perçu par la majorité, alors elle reste libre à l’intérieur des lois qui sont déjà dans le code civil. Le domaine de l’expression est donc libre, mais par nature et par la loi, il l’est un peu moins que celui de la pensée. Souvenons nous du « Nom de la Rose » !

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